Lorsqu’on parle de finances personnelles et de préparation à la retraite, la discussion porte très souvent sur l’épargne.
On explique comment mettre de l’argent de côté, comment investir et comment structurer son patrimoine afin qu’il puisse croître au fil des années. On parle de REER, de CELI, de rendement et de fiscalité.
Tout cela est évidemment essentiel.
Mais avec le temps, une autre réflexion s’impose de plus en plus dans les discussions que j’ai avec mes clients.
Le véritable défi financier n’est peut-être pas seulement d’accumuler de l’argent.
👉 C’est aussi de savoir quand et comment commencer à l’utiliser.
Le paradoxe de la réussite financière
Dans mon travail auprès d’entrepreneurs et de retraités, je rencontre régulièrement des personnes qui ont très bien fait les choses tout au long de leur vie financière.
Ils ont :
- épargné avec discipline
- investi sur le long terme
- structuré leur patrimoine
- préparé leur retraite
Sur papier, leur situation est souvent solide.
Et pourtant, une question revient fréquemment dans les conversations :
« Est-ce que je peux vraiment commencer à en profiter ? »
Cette question peut sembler étonnante. Après tout, la retraite représente souvent le moment où l’on devrait pouvoir profiter du fruit de plusieurs décennies de travail.
Mais la réalité est parfois plus nuancée.
La peur de manquer
Même lorsque les chiffres démontrent que la situation est confortable, la peur de manquer d’argent peut demeurer très présente.
Pendant 30 ou 40 ans, la logique financière est relativement simple : il faut accumuler.
On met de l’argent de côté.
On investit.
On fait croître le patrimoine.
Avec le temps, cette discipline devient une habitude profondément ancrée.
Lorsque vient le moment de la retraite, cette habitude ne disparaît pas automatiquement.
Certaines personnes continuent donc à agir comme si leur rôle principal était encore d’accumuler, même lorsque la période d’utilisation du patrimoine devrait normalement commencer.
Un changement de perspective
Le passage de l’accumulation au décaissement représente un changement important dans la façon de penser ses finances.
Durant la vie active, la question principale est souvent :
Comment faire croître mon patrimoine ?
À la retraite, la réflexion devient différente :
Comment utiliser ce patrimoine de façon réfléchie et durable ?
Ce changement peut être déstabilisant, car il demande d’abandonner une logique suivie pendant plusieurs décennies.
L’argent doit aussi servir la vie
L’argent n’est pas une fin en soi.
Il est un outil qui permet de soutenir différents projets de vie : la sécurité, la liberté, les expériences, les voyages, la famille ou encore les causes qui nous tiennent à cœur.
Pourtant, certaines personnes repoussent constamment le moment d’en profiter.
Par prudence.
Par habitude.
Ou simplement parce que personne ne leur a vraiment expliqué comment aborder cette étape.
Le décaissement est souvent présenté comme une question technique : quand retirer certains placements, comment gérer la fiscalité ou comment coordonner différentes sources de revenus.
Mais il s’agit aussi d’une réflexion plus large sur la façon dont on souhaite utiliser ce que l’on a construit.
Un projet reporté, deux inquiétudes différentes
Situation fictive, proposée à des fins de réflexion. Elle ne décrit pas des clients réels.
Louise et André parlent depuis plusieurs années de faire un long voyage. Maintenant à la retraite, ils regardent les itinéraires, choisissent une saison, puis referment les brochures. Chaque fois, la même phrase revient : « Attendons encore un peu. »
Ils ont épargné avec discipline. Cela ne suffit toutefois pas à déterminer si ce projet est compatible avec leurs besoins futurs. Ils n’ont pas encore examiné ensemble ce qu’il coûterait, comment il serait financé et ce qu’il changerait dans la suite de leur retraite.
Surtout, ils ne reportent pas le voyage pour la même raison.
Louise veut préserver une marge pour les imprévus. Elle pense à leur maison et aux dépenses qui pourraient survenir plus tard. André, lui, ressent un malaise à l’idée de voir diminuer une épargne qu’il a passé sa vie à construire. Pour lui, un solde qui baisse ressemble encore à un recul.
Leur hésitation réunit donc deux questions : celle de leurs moyens et celle de leur rapport à l’argent. Les confondre les laisse dans l’attente. Les distinguer leur permet de commencer une conversation plus précise.
Quel projet voulons-nous réellement réaliser?
Passer quelques semaines ailleurs peut prendre plusieurs formes. Louise et André peuvent préciser ce qu’ils souhaitent vivre, ce qui compte le plus et ce qu’ils seraient prêts à modifier. Cette discussion donne un objet concret à leur réflexion financière. Elle permet aussi de comprendre ce que signifierait, pour chacun, un nouveau report.
Qu’avons-nous besoin de comprendre pour évaluer ce projet?
Le coût du voyage doit être replacé parmi leurs dépenses courantes, leurs revenus, leurs engagements et leurs besoins futurs. Il faut également examiner d’où proviendraient les sommes utilisées et les conséquences possibles des retraits. Un solde de compte, pris seul, ne répond pas à toutes ces questions.
Qu’est-ce qui nous ferait revoir notre décision?
Une dépense importante, une évolution de leur santé ou un changement familial pourraient modifier leur réflexion. Nommer ces éléments aide à préciser la prudence qu’ils souhaitent conserver. L’incertitude demeure, mais ils peuvent mieux expliquer ce qui les préoccupe et ce qu’ils veulent faire évaluer.
Au terme de cette démarche, Louise et André pourraient choisir de partir, d’adapter le voyage ou de le reporter. Le récit ne permet pas de décider à leur place. Il montre simplement comment une inquiétude partagée en apparence peut devenir une discussion où chacun est mieux compris.
Leur patrimoine commence alors à être regardé à la lumière de la vie qu’ils souhaitent mener ensemble.
Une réflexion qui mérite d’être ouverte
On parle beaucoup d’accumulation lorsqu’il est question de finances personnelles.
Mais il peut être tout aussi important de réfléchir au moment où cet argent doit finalement commencer à servir la vie.
La question n’est pas seulement :
« Aurai-je assez d’argent pour ma retraite ? »
Elle devient aussi :
« À quel moment cet argent doit-il commencer à être utilisé ? »
Dans les discussions que j’ai avec plusieurs clients, cette réflexion revient de plus en plus souvent.
Et je crois qu’elle mérite d’être abordée plus ouvertement lorsque l’on parle de retraite et de gestion du patrimoine.